VIE

 

Simone Veil dans son écrit autobiographique Une vie confie :

 

« Je peux oublier beaucoup de choses mais pas ces dates ;

elles demeurent attachées à mon être le plus profond. »

 

Le cours de la vie est fait de nombreux changements, d’incidents, de liens, de ruptures, d’événements innombrables marqués par les cailloux blancs du temps. Chacun de nous en est empreint et puise dans ses ressources intérieures pour avancer, sans pour autant oublier.

 

Ainsi la sculpture de Jana Sterback « Sisyphus » : un homme nu porte une énorme pierre sur son dos. Choc de la nudité de l’humain soudain vulnérable malgré la stature du sujet, rencontrant la dureté de la pierre.

Jana Sterbak — Sisyphus — 1997

On ressent le poids de la pierre, le lourd fardeau de l’homme, nu, seul avec lui-même et sa propre vie. Mais l’artiste adopte la vision du mythe de Sisyphe proposée par Albert Camus : se battre, affronter, suffirait à la vie pour l’emplir de bonheur :


«… Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral

de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde.

La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir

un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. »


Accepter sa condition et gouverner sa destinée.

 

Jana Sterbak emploie souvent ces personnages mythiques et par eux, nous amène à la réflexion sur la condition humaine et ses difficultés, son inscription dans le temps, sa finitude. Dans une interview elle déclare en 2006 :


« Enfant, on pense toujours que tout ira bien à l’âge adulte,

mais ce n’est pas vrai, on doit toujours affronter un nouveau défi. »


J’ai voulu créer un travail, non pas isolé de mon propre univers, mais ancré dans le monde dans lequel je vis. Ces discordes, ces guerres, sur la scène du monde ou enserrées dans l’espace privé, le huis clos de l’intime, chacun de nous essaye de trouver la force de s’y affronter, de se battre. Ce poids des peuples et des êtres qui s’affrontent pour survivre, vivre et être libres.

 

En réalisant l’envol de Sisyphe, j’ai voulu marquer notre vulnérabilité. Ces empreintes de vie peuvent aussi bien provenir de notre sphère personnelle que de la violence notre monde même. C’est ce que nous subissons et ce avec quoi nous nous battons pour vivre. Ce sont là les cartes que nous avons en main, à nous de savoir les jouer au mieux. Qui sait si la pesanteur du monde ne va pas se muer en grâce et connaître la légèreté de la plume ?

A.D. — L'envol de Sisyphe — 2013 (diamètre 70,  hauteur 220)