MIROIR

 

Ambigu Miroir, par nos yeux nous pouvons nous y mirer en observant une image fidèle de nous mais inversée.

 

René Magritte définit cet objet ainsi :

 

« D’une part, il est une surface réfléchissante

et d’autre part, une surface de représentation. »

 

Nous réfléchissant, le miroir, à la fois objet narcissique et objet de questionnement sur soi, interroge le qui et non plus le comment je suis.

 

M’interroger, m’approcher des abîmes face au miroir.

 

Point aveugle de mon propre regard : je suis là sans être là.

 

Quant à Michelangelo Pistoletto, son travail dans ses Tableaux miroirs consiste à nous rendre acteurs de l’œuvre en devenant ce spectateur interférant sur l’image déposée sur le miroir. Nous savons tous que le miroir est amnésique, l’image est immédiate et ne peut se fixer. Le temps d’un instant, l’artiste nous conduit à la réflexion de nous-mêmes et sur nous- mêmes et peut-être à notre intime révélation face à cette surface réfléchissante. Les personnes que fige l’artiste sur le miroir nous apportent des repères stables. L’artiste appuie son travail sur la notion de temps en trois dimensions. Avant d’y accéder, nous étions absents de l’œuvre. Le temps d’un instant nous serons acteur dans l’intimité des 3 personnages (Giovanni Anselmo, Gilberto Zorio et Guiseppe Penone) puis nous ferons partie du passé de l’installation et l’œuvre existera par le passage futur d’autres spectateurs.

Michelangelo Pistoletto — sacra conversazione — 1973

J’ai voulu traiter le miroir non pas comme un regard sur soi, mais comme ce que l’on peut transmettre face au regard de l’autre.

 

Nous existons parce qu’il y a les autres et l’artiste, son œuvre n’existent-ils pas par le regard de l’autre ? J’ai voulu inverser, le temps d’un instant, ce principe. J’ai eu recours à l’œil-miroir de l’objectif photographique.
 

Ainsi le réseau de mes proches que j’ai voulu intégrer, incorporer à mon travail.

 

Leur compagnie active, vivante m’est nécessaire. Je leur ai demandé d’écrire sur leur front un mot, un seul, celui que le mot empreinte fait résonner en elles et de photographier leur visage en cadrage serré sur fond blanc.

 

Ce mot : l’écho de leur vie, empreinte qu’elles m’ont transmise, ou empreinte qu’elles ont elles-mêmes pu apposer à d’autres, à leur environnement.

 

C’était leur empreinte (corps et mot) qu’elles m’autorisaient à prélever, comme un don de communication privilégiée. En prenant la photo, je devenais face à elles leur miroir. Moment d’intimité. Et au sein de cette constellation de visages, une béance : l’œil du miroir, prêt à recueillir l’image éphémère, mouvante du spectateur.

A.D. — Espace spéculaire renversé — 2013