INTRODUCTION

Je donnerai pour commencer un aperçu de ma démarche, exposant comment je suis sortie de ma pratique de mosaïste pour faire le pas vers l'art contemporain.


Je développerai comment, en tant que mosaïste de formation, la préparation de ce diplôme m'a fait aborder un autre continent, celui de l'art contemporain, dans une pratique nouvelle pour moi.


J'analyserai comment je suis entrée plus clairement, plus consciemment dans le domaine de la création artistique. S'est alors mis en marche une sorte de dispositif.


Ainsi se sont fait jour des évidences qui ne me sont apparues comme telles que après coup, émotions enfouies que je m'étais gardées de communiquer à quiconque.


J'ai fait ou refait le chemin vers des artistes qui m'ont réellement touchée ou bouleversée parfois, de façon immédiate, profonde et durable. Des émotions se sont réveillées, elles ont croisé et nourri les pièces que je réalisais. Une fois réalisées, celles-ci prenaient sens et influaient à leur tour sur le regard que je portais sur mes artistes de référence. Ainsi m'a été donnée une sorte de boussole qui m'a permis de mieux me mouvoir dans ce vaste univers de la création contemporaine.


Cette préparation m'a permis d'approfondir mon intelligence des œuvres et des démarches des artistes. J'ai mis de l'ordre, pu établir des priorités dans la somme éparse des images qui m'avaient accompagnée des années durant. Je suis passée de la simple jouissance esthétique du spectateur sensible, à un questionnement plus rigoureux, lié à une pratique dans laquelle je me suis engagée tout entière.


J'ai compris qu'à travers ce projet, j'étais en train de mettre à découvert une part de moi-même : la mise en forme d'une perception de mon existence, de mon corps, de ma relation aux autres, au monde, à l'histoire, à l'art, aux artistes.


J'ai pu établir clairement la liste des artistes-phares qui m'ont guidée depuis longtemps ou que j'ai découverts à l'occasion et qui m'ont modelée en profondeur tels que : Mona Hatoum, Niki de Saint Phalle, Maria Lasning, Joseph Beuys, Christian Boltanski…


Je n'ai jamais eu à cœur de m'épancher, de « psychologiser » mon propos, mais je ne peux nier au terme de mon travail, au moment de la mise en forme dernière de cette sorte de journal de bord d'une année de réflexion, de recherche et de création, que cet engagement dans ce travail marque un tournant dans mon existence même, selon des proportions que je n'avais pas prévues. A ce titre, la seule préparation du diplôme, en elle-même, m'aura profondément bouleversée et enrichie.


J'ai fait parfois intervenir dans mon travail, comme sujets, mes proches, mes amis. J'ai capté quelque chose d'eux qu'ils consentaient à m'offrir pour que je l'incorpore à mon travail : radiographies de ma mère, photographies que des amies ont accepté que je fasse d'elles-mêmes et sur lesquelles elles livraient un des mots clé de leur propre lecture de leur vie, caractères de typographie de mon père imprimeur, objets remisés et exhumés de leur passé et du mien.


Cette démarche n'est pas restée sans effet réciproque sur eux et sur moi-même. Elle n'a pas été sans modifier, voire enrichir, la relation que j'entretiens avec ces personnes même si j'ai pu essuyer quelques rares refus. Un effet de capillarité, de réseau s'est engagé.


Cette expérience m'a fait toucher du doigt que l'art, si tant est que mon travail relève de cette catégorie, pouvait être un facteur de trouble, un élément perturbateur du réel, du quotidien. Ce dispositif m'a placée dans la vérité de ma vie et non pas dans la quête d'une quelconque reconnaissance à travers la réalisation de séduisants objets.