AVANT-PROPOS

J’ai choisi de ne pas présenter, en préalable de ce mémoire, l'historique de mes travaux d'artiste.

 

En effet je ne viens pas de l'art contemporain à proprement parler, pourtant je me suis obstinée à vouloir m’exprimer à force de persévérance.

Je viens de l'artisanat du monde du faire, celui de la mosaïque.

 

L'accès à une formation académique ne m'a pas été autorisé en temps opportun même si mon désir était là, têtu, depuis l'enfance. Passer le Pont des Arts, courir jusqu'au Louvre les jours sans école, voici mes plus lointains et clairs souvenirs. Attirance, émotions, élans forts mais vagues et puis barrage : « Tu ne feras pas les Beaux-Arts, c'est un monde dangereux ».

 

Dangereux, l'art ? Fascinant, plutôt ! Interdit qui maintient le désir intact mais qui lui fait prendre son temps et mille détours pour enfin passer à l'acte.

 

Je n'ai pas fait l'École des Beaux Arts et je n'ai reçu aucune formation académique supérieure, je me suis cultivée en marge des institutions.


J'ai suivi mes penchants et fait mon miel sans ordre, sans programme, sans hiérarchie, puisant au hasard dans le foisonnement que les lectures, les musées, les galeries pouvaient m'offrir au gré des expositions. Et puis j'ai bénéficié avec grand bonheur de l'enseignement de Michelle Massiou artiste mosaïste qui m'a initiée à cet art millénaire.


Je ne crois pas avoir été dans ma pratique de la mosaïque une simple technicienne — et quel artisan d'art, n'est-il qu'un simple technicien ? Ma pratique s'est toujours nourrie de la coloration des artistes que j'aimais.


C'est aussi une pratique qui m'a mise au contact des autres : enfants des écoles ou des centres de loisirs, jeunes en déshérence des Missions Locales, clientèle particulière aisée, comités d'entreprise…


Publics divers qui m'ont mise en prise avec le monde tel qu'il va, qui m'ont fait toucher du doigt en quoi la réalisation libre mais guidée par quelques contraintes techniques peut donner confiance et une place à ceux qui cherchent la leur. Ainsi ces carreaux de mosaïque scellés de nuit réalisés par des jeunes en difficulté de la Mission Locale dans des lieux propres à leur parcours de vie : aire de jeux choisie par telle jeune mère isolée, encore adolescente, ambassade pour tel autre jeune homme étranger…


Laisser avec ces mosaïques, sa trace, son empreinte dans une ville où vous pensez n'en avoir aucune.


Autre engagement volontaire auprès de travailleurs africains pour la sauvegarde de leur foyer, avec le projet de réaliser avec eux une grande fresque mémorielle qui laisse, elle aussi, une trace, une empreinte vive de l'histoire dont ils ont été acteurs dans leur pays d'origine et dans notre ville.


Et puis aussi certaines réalisations personnelles — Totems et Naissance — qui portent déjà une volonté d'expression de quelque émotion personnelle.


C'était là mon itinéraire jusqu'à la décision que j'ai prise de poser ma candidature à la préparation de ce DNSEP.